Mode récit
Ophélie
Millais entoure Ophélie qui se noie d’une rive dont la beauté minutieuse intensifie la tragédie.
- C’est Ophélie, dans Hamlet de Shakespeare, qui se noie dans un cours d’eau fleuri.
- Son visage se tourne vers le ciel entre les roseaux.
- Des roseaux serrés envahissent la rive gauche.
- Sa robe argentée s’étale sur l’eau.
- Des fleurs éclatantes dérivent près de sa main abaissée.
- Des roses sauvages fleurissent au-dessus de son corps flottant.
- Les fleurs continuent de s’épanouir autour d’une vie qui s’échappe.
Ophélie est un tableau de 1851–2 de John Everett Millais représentant l’Ophélie de Shakespeare flottant dans un ruisseau parsemé de fleurs, juste avant de se noyer ; il appartient à la Tate et est exposé à la Tate Britain, à Londres.
Que se passe-t-il dans l’Ophélie de Millais ?
La scène paraît d’abord paisible : une jeune femme flotte dans un cours d’eau, sa robe claire étalée à la surface, tandis que les plantes foisonnent sur les rives. Mais il s’agit d’Ophélie, dans Hamlet de Shakespeare, qui se noie au milieu de cette abondance de vie.
Millais retient la scène dans une immobilité troublante. La bouche d’Ophélie est ouverte et ses paumes se tournent vers le haut, tandis que la robe s’étale sur l’eau. Celle-ci soutient un instant la figure, alors même que la scène la conduit vers la mort.
La notice du catalogue de la Tate situe la scène à l’acte IV, scène 7 de Hamlet. Rendue folle après que son père a été tué par Hamlet, son amant, Ophélie tombe dans un ruisseau lorsqu’une branche se rompt alors qu’elle grimpe pour y suspendre ses guirlandes. Dans le récit de la reine Gertrude, ses vêtements déployés la soutiennent un moment tandis qu’elle chante des bribes de vieux airs, jusqu’à ce que sa robe gorgée d’eau l’entraîne « vers une mort fangeuse ». (Tate)
Où Millais a-t-il peint Ophélie ?
Le paysage n’est pas un simple décor esquissé. Millais travailla en plein air près de la rivière Hogsmill, à proximité d’Ewell, étudiant la rive avec une attention presque obstinée. Feuilles, herbes, plantes aquatiques et boue reçoivent le soin qu’un autre peintre aurait pu réserver à un visage.
Millais commença le fond en juillet 1851 à Ewell, dans le Surrey, en le peignant d’après une observation minutieuse de la nature, comme l’exigeaient les principes de la confrérie préraphaélite. Dans une lettre citée par la notice du catalogue de la Tate, il se plaignait que les mouches du Surrey soient « plus musclées » qu’ailleurs, qu’on l’ait menacé d’une citation devant un magistrat pour être entré sans autorisation et avoir abîmé le foin, et qu’il risquait d’être précipité dans l’eau par le vent. (Tate)
Il aurait travaillé au bord de la Hogsmill River jusqu’à 11 heures par jour, six jours par semaine, pendant cinq mois. Quand le temps devint venteux et neigeux en novembre, il fit construire une cabane de quatre claies recouvertes de paille afin de pouvoir continuer à peindre. (Wikipedia)
Cette attention égale à la figure et au paysage est au cœur du caractère préraphaélite de l’œuvre. Les couleurs vives et les détails observés de près donnent au cadre naturel sa propre force. La tragédie se déroule parmi des plantes qui continuent de pousser.
Millais n’avait que 22 ans. Né à Southampton en 1829, il était entré aux écoles de la Royal Academy à l’âge de onze ans, le plus jeune élève jamais admis, et y avait rencontré William Holman Hunt et Dante Gabriel Rossetti, avec qui il fonda la confrérie préraphaélite. (Wikipedia)
Qui a servi de modèle pour Ophélie ?
Millais peignit la figure séparément dans son atelier, où Elizabeth Siddal posa dans une baignoire remplie d’eau. L’image achevée unit cette pose soigneusement arrangée au paysage extérieur. Ce qui paraît spontané repose sur deux formes distinctes d’observation.
Le modèle était Elizabeth Siddal, une favorite des préraphaélites qui épousa plus tard Rossetti. La Tate rapporte qu’elle posa pendant quatre mois dans une baignoire remplie d’eau maintenue tiède par des lampes placées en dessous. Un jour où les lampes s’éteignirent, elle prit un grave refroidissement, et son père menaça d’engager des poursuites jusqu’à ce que Millais accepte de payer les frais de médecin. (Tate)
La robe était une véritable pièce ancienne. En mars 1852, Millais écrivit qu’il avait acheté « une robe ancienne de dame vraiment splendide », entièrement brodée de fleurs d’argent, pour la peindre sur Ophélie, et qu’elle lui avait coûté quatre livres, « toute vieille et sale qu’elle est ». (Tate)
Que signifient les fleurs dans Ophélie ?
Les fleurs portent des significations autant que des couleurs. La Tate associe le pavot à la mort, les pâquerettes à l’innocence et les pensées à l’amour vain. Ces petits détails relient le cadre naturel au récit d’Ophélie sans réduire toute la rive à un symbole unique.
La notice de la Tate interprète la plupart des plantes comme des symboles. Les roses près de la joue et de la robe d’Ophélie, ainsi que la rose des champs sur la rive, pourraient rappeler que son frère Laërte l’appelle « rose de mai ». Le saule, l’ortie et la pâquerette sont associés à l’amour délaissé, à la douleur et à l’innocence ; les violettes qu’elle porte en collier peuvent symboliser la fidélité, la chasteté ou la mort des jeunes gens ; et des myosotis flottent sur l’eau. (Tate)
La peinture tient ensemble l’observation et l’imagination littéraire. On peut étudier l’eau et nommer les plantes, tandis que la figure appartient à une tragédie. Leur rencontre rend la scène à la fois tangible et inquiétante.
Comment le tableau Ophélie a-t-il été accueilli, et où se trouve-t-il aujourd’hui ?
Lorsque le tableau fut présenté à la Royal Academy en 1852, l’accueil fut mitigé. Un critique du Times jugea pervers de plonger Ophélie dans « un fossé envahi d’herbes », et même John Ruskin, qui soutenait Millais et trouvait la technique exquise, s’interrogea sur le choix d’un paysage du Surrey. (Wikipedia)
Le marchand Henry Farrer avait déjà acheté le tableau à Millais le 10 décembre 1851, pour 300 guinées. Il passa ensuite au collectionneur B. G. Windus, grand acheteur d’art préraphaélite, qui le revendit en 1862 pour 748 guinées. (Wikipedia)
Ophélie faisait partie du don initial de sir Henry Tate à la Tate Gallery, et la mention de provenance du musée indique qu’il l’offrit en 1894. La fiche de collection de la Tate le signale comme exposé à la Tate Britain. (Tate)
Son image a voyagé loin. Elle a inspiré la mort d’Ophélie dans le Hamlet de Laurence Olivier, sorti en 1948 ; Kylie Minogue en reprend la pose dans le clip de « Where the Wild Roses Grow » de Nick Cave ; Lars von Trier l’évoque dans le prologue de son film Melancholia, en 2011 ; et en 2025, Taylor Swift y a fait référence sur la pochette de son album The Life of a Showgirl. (Wikipedia)
La bouche ouverte et les mains retiennent notre attention sur une vie qui ne s’est pas encore entièrement éteinte. La beauté environnante n’efface pas le chagrin. Elle rend plus difficile à oublier le contraste entre la figure et la rive vivante.
Les détails en un coup d'œil
Sources et lectures complémentaires
- Ophélie — Tate
- Biographie de l’artiste: John Everett Millais (Wikipédia, en anglais)
- Ophélie (Wikipédia, en anglais)
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